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# La fondante histoire du cordon bleu
- URL: https://www.au-comptoir.com/la-fondante-histoire-du-cordon-bleu/
- Published: 2026-03-04T11:29:00.000Z
- Updated: 2026-03-08T21:44:56.000Z
- Author: Marcelle Ratafia
- Tags: Manger, Mars - Et ça repart

Commercialisé en grandes surfaces sous la forme d’une escalope panée fourrée d’un fromage fondu et d’une tranche de jambon au rose suspect, le cordon bleu ne rend pas hommage à la formule qui consacre le bon cuistot.

Si son nom désignait autrefois un accessoire de la haute noblesse, ce plat est plus abonné à la cantine qu’aux festins de châtelains ! Et pourtant : réconfortant et régressif, le cordon bleu pané séduit. Mais d’où vient ce mystère croustillant au cœur coulant ?

**D’où viens-tu, cordon bleu ?**

Apparue en 1958 aux États-Unis et inspirée par la « Wiener Schnitzel » – escalope viennoise – et le « poulet à la Kiev », une recette à la mode dans les années 1960 dans les restaurants raffinés américains, cette préparation n’est pas synonyme de gastronomie très poussée.

**Nous n’avons pas les mêmes valeurs**

Aujourd’hui, cette formule plaisante sert toutefois à décrire la personne qui, n’étant pas cuisinier professionnel, a tout de même l’aptitude à cuisiner comme un chef. L’expression, qui date du XVIe siècle, n’a au départ rien à voir avec la cuisine, mais tout avec la noblesse.

**La crème de la crème**

En 1578, en pleine guerre de Religion, le roi Henri III constitue l’ordre du Saint-Esprit, une organisation catholique vouée à traquer les protestants. Ne pouvaient prétendre y appartenir que la fine fleur de la noblesse : des hommes de plus de trente-cinq ans de haute naissance, des princes étrangers de plus de vingt-cinq ans et, bien sûr, catho à fond les ballons.

**L’avant-Légion d’honneur**

Premier ordre de la monarchie française, il est le plus prestigieux : pour prouver leur appartenance, ses chevaliers portaient la croix de Malte accrochée à un ruban bleu, couleur de la noblesse. Abolie après la Révolution, cette distinction aristo fut remplacée par la méritocratique Légion d’honneur, instituée en 1802 par Napoléon.

**Les grosses têtes**

Plus solennel que la coquine jarretière de l’ordre des chevaliers anglais, le cordon-bleu devient la métaphore de l’esprit supérieur. Au XVIIe siècle, un poète qui guignait l’Académie française réussit à draguer les Immortels par une lèche appuyée, en qualifiant cet aréopage de « cordon-bleu des beaux esprits ».

**À l’école des chefs**

En 1827, le traité *Le Cordon bleu ou Nouvelle Cuisinière bourgeoise* paraît sous la plume d’une certaine Mlle Marguerite. Quelques années plus tard, en 1895, la journaliste Marthe Distel publie le premier journal de cuisine, « La Cuisinière Cordon bleu », avant de fonder les très réputées écoles culinaires Le Cordon Bleu, qui ouvrent les secrets des toques françaises aux gonzesses et à toutes les nationalités. C’est là que la pétulante Julia Child apprendra les rudiments de la cuisine au beurre, avant de devenir une star de la télé.

**Un plat qui se lève à l’Est**

Quant à notre croustillante spécialité née au XXe siècle, elle a séduit les gosses des 90’s dans son emballage Le Gaulois ou au menu des cantines. Aujourd’hui, certaines boucheries et tables se sont emparées de ce petit chef-d’œuvre des étagères de surgelés. Mais le sait-on ? Il y a une région en France où les cordons bleus sont à la carte des restos, faits maison, ont la taille d’un enfançon et dégoulinent de fromage : bienvenue en Alsace ! Et pour en manger des bons ? Matez donc notre top des cordons bleus.

Par Marcelle Ratafia