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# La Love Story de la greffe
- URL: https://www.au-comptoir.com/la-love-story-de-la-greffe-carla-elle-rogosky/
- Published: 2025-06-02T09:27:00.000Z
- Updated: 2026-10-07T08:10:01.000Z
- Description: L’histoire de la greffe des ceps de vigne est celle d’un amour forcé mais nécessaire.
- Author: Au Comptoir
- Tags: Boire, Juin - Sensoriel

Saviez-vous que **99,9 % du vignoble français est le fruit d’une histoire d’amour** ? Une histoire d’amour arrangée, certes, mais il est bien question de fusion de corps lorsque l’on évoque le sujet de la greffe.

  
Pratiqué depuis l’Antiquité, cet art botanico-romantique ne s’est réellement diffusé qu’à partir du XIXe siècle : contaminé par le phylloxéra, **le vignoble européen est décimé** et n’a d’autre solution que de **faire appel à des espèces américaines résistantes** s’il veut continuer à cultiver ses *vitis vinifera*, adorées mais délicates. **Le principe consiste à** **fusionner les deux espèces afin de ne tirer que le meilleur de chacune**, soit un heureux mariage arrangé entre un porte-greffe outre-Atlantique et un greffon européen. Le vignoble est alors sauvé, vive l’amour.  
Aujourd’hui, la greffe se pratique non seulement pour pallier la maladie, mais aussi lors de la plantation ou replantation d’un vignoble vieillissant ou devenu inadapté aux conditions climatiques. Quelle est donc cette romance scientifique ?

**Évidemment, il y a d’abord le temps de la rencontre.**

Bien que certains individus aient rapidement affirmé leurs affinités, avant d’acter une réelle symbiose, rien n’est joué. De nombreux *speed-datings* (de plusieurs années) ont été nécessaires afin d’identifier les profils de porte-greffe les plus séducteurs et les plus forts. Ces véritables Casanovas sont en fait **des hybrides de plusieurs variétés de *vitis*** (*riparia*, *berlandieri*, *rupestris*), créés par l’homme et réunissant les atouts de chacune afin de maximiser leurs chances. Ils se sont donc démarqués, au point qu’aujourd’hui, plus de la moitié du vignoble français est dominé par six prétendants aux doux noms de SO4, 110R ou encore 3309\. Une invention géniale qui séduit presque tous les cépages, mais qui nuit cependant à la diversité génétique puisque 99 % des porte-greffes sont issus de cette combinaison.

**Mais reprenons cette histoire d’amour.**

Une **greffe** peut être **pratiquée mécaniquement en pépinière, ou manuellement en vigne** (ce qui requiert davantage de temps et un talent certain). Ce choix se fait donc surtout selon le budget du vigneron. Ensuite, **les techniques diffèrent** et se reconnaissent grâce à la forme de la fusion : la greffe en oméga (95 % des greffes en France) se distingue par exemple par son profil arrondi de la greffe à l’anglaise, de forme pointue. Qu’importe le mode de rendez-vous, **les deux êtres (le greffon et le porte-greffe)** se voient et se touchent enfin pour la première fois. L’objectif du procédé est de **mêler les conduits de sève des deux espèces**, qui, si entente, fusionnent et entament l’histoire d’amour de toute une vie. La tension romantique retombe quelque peu lorsque l’on apprend que **ce point de rencontre**, une fois soudé, **s’appelle le bourrelet**.  
La **vie commune démarre**, et il s’agit ensuite de cicatriser et de trouver le bon équilibre. Le feuillage de l’un se développera grâce aux racines de l’autre et vice versa. Cependant, la nature reste maîtresse, et toutes les conditions optimales peuvent être réunies : lorsqu’elle ne veut pas coopérer, elle ne coopère pas. **Il faut donc attendre quelques mois afin de pouvoir déterminer le taux de prise de greffe**. Celui-ci peut varier **entre 60 % et 95 %** selon la technique employée. Son succès étant la promesse d’une récolte future, l’on comprend son importance pour le vigneron : elle détermine ses rendements et donc son activité.

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**Qu’en retenir ?**

Un véritable travail de *sourcing* est nécessaire afin de se procurer le matériel végétal (porte-greffe + greffon) le plus adapté à ses besoins.  
On parlera de sélection clonale lorsque le choix des individus se fait en pépinière. Pour les 380 cépages commercialisés en France, 1350 clones sont disponibles, avec une même variété qui peut se décliner en plusieurs modèles. Ici aussi, certains ont plus la cote que d‘autres. Si le populaire pinot noir en compte 47, le confidentiel persan savoyard n’en possède qu’un seul. **Ce système extrêmement contrôlé limite donc la variation génétique des plants**. Une diversité qui est au contraire encouragée dans le cas où le casting se fait directement en vigne : on parlera alors de sélection massale, où l’on repère sur le terrain les plantes-leaders qui semblent s’être le mieux adaptées à l’environnement et qui sont ensuite multipliées, dans l’espoir de conserver ces gènes de gagnants.

Dans les deux cas, **l’histoire de la greffe est celle d’un amour forcé**. Un amour magique, lorsque la cohabitation est heureuse et produit de précieux fruits, vins futurs qui pérennisent la viticulture. Un amour cruel, lorsque celui-ci, à peine démarré, échoue et aboutit à la séparation des deux amants. Les histoires de cœur ne s’expliquent pas toujours.

Par Elle Rogosky