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# L'édito d'octobre d'Éric : Orgueil et préjugés
- URL: https://www.au-comptoir.com/ledito-doctobre-deric-orgueil-et-prejuges/
- Published: 2026-10-05T16:18:30.000Z
- Updated: 2026-10-05T16:18:30.000Z
- Author: Au Comptoir
- Tags: Edito, Septembre - Mieux vaut en rire

Drôle de couple, n'est-ce pas ? Dans le monde du vin, il me semble que ces deux-là vivent une histoire d'amour particulièrement solide. L'un est persuadé de tout savoir, l'autre est convaincu de n'avoir plus rien à apprendre.

Autant dire qu'ils sont faits pour s'entendre !

Parce que l'orgueil, c'est être certain de reconnaître un grand Bordeaux les yeux fermés.   
Le préjugé, c'est être convaincu qu'à moins de vingt euros, de toute façon, ça ne peut pas être un grand Bordeaux.

Et bien entendu, ce couple, on le retrouve régulièrement accoudé au comptoir. Ce merveilleux endroit où chacun arrive avec ses convictions, ses goûts, ses certitudes et parfois, une fâcheuse tendance à vouloir les imposer aux autres. Parce qu’en matière de vin, nous avons tous nos petits préjugés : le rosé, c'est pour l'été. Le blanc, c'est avec le poisson. Le rouge, avec la viande. Ah, et le champagne, c'est pour les grandes occasions. Le crémant ? Du sous-champagne ! Quant au vin nature… bon, mieux vaut ne pas lancer le sujet si l'on souhaite rentrer chez soi avant minuit.  
Et puis, attention, il y a les experts ! Ceux qui ont l’orgueil plus haut que leur cru. Qui savent reconnaître un millésime à la première gorgée, identifier un terroir au premier coup de nez et vous expliquer pendant vingt minutes pourquoi ce vin est exceptionnel alors que, personnellement, vous le trouvez juste bon.

Sans oublier ceux qui ne jurent que par les grandes appellations. Les mêmes qui considèrent en général qu'un vin cher est nécessairement un grand vin. Et puis il y a ceux qui refusent catégoriquement de boire un cépage dont ils ne savent même pas prononcer le nom (dommage pour le Gewurztraminer, qui est, je le remarque à l’instant, plus difficile à écrire qu’à prononcer.)

Mais je vous rassure ! Nous sommes tous un peu comme ça… Nous avons nos préférences, nos habitudes et surtout cette merveilleuse capacité à transformer une expérience personnelle en vérité universelle.

Jusqu'au jour où quelqu'un au comptoir nous tend un verre en disant : « Tiens, goûte-moi ça ! » Sans montrer la bouteille ni annoncer le prix.  
Et soudain « Orgueil et préjugés » désarmés, deviennent muets. 

C'est précisément ce que j'aime dans le vin et dans les discussions de comptoir. Cette capacité à nous surprendre et à nous rappeler que nous ne savons finalement pas grand-chose.

Il faut que notre orgueil accepte de se laisser surprendre. Le vin est sans doute l'un des rares sujets sur lesquels nous pouvons changer d'avis sans avoir nécessairement à reconnaître que nous avions tort.

Tout est, comme souvent, affaire de sensibilité.

Alors, la prochaine fois que vous serez au comptoir, laissez vos certitudes au vestiaire, oubliez un instant les étiquettes et acceptez de goûter ce que vous n'auriez jamais commandé.  
Vous pourriez bien découvrir votre prochain vin préféré.  
Après tout, le meilleur moyen de se débarrasser d'un préjugé, c'est encore d'y goûter.

Et l'orgueil, dans tout ça ?  
Il commandera probablement un deuxième verre.  
Juste pour être sûr qu'il avait tort.

Comme quoi, ça a du bon parfois d’avoir tort, non ?

Éric Metzger