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# Penfolds : l’histoire d’amour anglaise devenue empire australien
- URL: https://www.au-comptoir.com/penfolds-lhistoire-damour-anglaise-devenue-empire-australien/
- Published: 2025-06-19T10:32:00.000Z
- Updated: 2026-10-07T08:06:11.000Z
- Description: La vie réserve de bien grandes destinées, le vin australien aussi.
- Author: Lara Edington
- Tags: Boire, Juin - Sensoriel

À l’origine de l’immense producteur de vin australien que nous connaissons aujourd’hui est une histoire d’amour qui est née de l’autre côté du globe : celle de Christopher Penfold et de Mary Holt. Tous les deux originaires d’Angleterre, ils se marient en 1835 (Mary avait 15 ans – ah, le bon vieux temps !) et vivent les débuts de leur idylle près de Brighton, où Christopher est médecin. Mais à certains, **la vie réserve de bien grandes destinées, et le couple fera partie de ceux qui marquent profondément l’histoire**.

Happés par les embruns marins et la promesse d’aventure, Christopher, Mary et leur petite fille Georgina embarquent à bord du *Taglioni* en 1844 pour 3 longs mois de voyage. Direction : les nouvelles colonies d’Australie. À cette époque, les colonies commençaient à accueillir de nouveaux arrivants autres que des criminels bannis et leurs geôliers – sacrée ambiance – mais les conditions restaient généralement bien moins aisées qu’en terre mère. La colonie de South Australia pour laquelle partaient les Penfolds n’avait été fondée que 8 ans auparavant ; fallait s’accrocher…

À leur arrivée, la famille fait construire un cottage en pierre sur les 200 hectares de terres préalablement achetées par Christopher au pied des Mount Lofty Ranges à Magill, près d’Adelaide. La famille le nomma *The Grange*, en hommage à la maison d’enfance de Mary. **Les connaisseurs des vins de Penfolds y verront un certain caractère divinatoire**.

Le salon de la Grange deviendra le cabinet médical de Christopher, et sur leurs terres ils cultiveront blé, orge et avoine. Mais leur fortune viendra des boutures de vignes ramenées soigneusement dans leurs valises depuis le sud de la France. **Le docteur était convaincu des vertus du vin (c’était quelqu’un de bien, le Christopher), et les premiers mois, le vignoble familial leur permettra surtout de produire un vin tonique de type porto et sherry pour ses patients, dont bon nombre souffraient d’anémie**. Pendant qu’il travaillait de longues heures au cabinet, Mary supervisait le vignoble et les vinifications, ainsi que les autres activités de la propriété. Mais rapidement, la demande pour les vins s’intensifie ; la famille décide donc d’inaugurer un domaine commercial.

Au fil des années, Mary – totalement autodidacte – développe intuitivement les activités viticoles de la famille, travaille à la vigne, s’occupe des assemblages, etc. En plus des portos et sherry, elle s’ouvre à la production des *clarets* (vins rouges légers) et du riesling, facile à produire et très populaire. D’autres variétés telles que le grenache, le verdelho, le mataro, le frontignac ou encore le pedro ximenez seront plantées au fur et à mesure des années. Le domaine atteindra 25 hectares en 1870, 25 ans après leur installation en Australie.

1870 sera néanmoins un bien triste millésime. Cette année-là, à l’âge de 59 ans, Christopher Penfold décède. L’amour terrestre prend fin… mais pas l’amour du vin (divin ?!). Résiliente et passionnée, Mary continue de gérer le domaine, expérimente, s’investit dans la recherche pour combattre certaines maladies de la vigne comme le phylloxéra, etc. Son gendre l’avait pourtant presque forcée à vendre le domaine suite au décès de son mari (« les femmes ça gère pas un business, bla bla bla, bli bli bli… ») ; **c’était sans comprendre que la tête pensante et la main de fer derrière Penfolds, c’était elle.**

En 1881, plus de 400 000 litres de vin étaient produits à Magill – un tiers de tout le vin stocké en Australie du Sud à l’époque ! Les bouteilles partaient pour Victoria, la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande ou encore l’Inde. La même année, Penfolds recevait également une médaille d’or à l’exposition universelle de Paris. La demande des vins explose.

Ce n’est qu’en 1884, à 68 ans, que Mary se retire des activités quotidiennes du domaine. La gestion restera en famille, et reviendra à sa fille, son gendre et ses petits-enfants, qui assureront la continuité du domaine pendant un siècle. Une dizaine d’années plus tard, elle rejoint son amour Christopher, à l’âge de 80 ans. Il faut quand même mentionner qu’à l’époque, l’espérance de vie était d’environ 40 ans… Nous n’y voyons qu’une seule explication : le vin, ça conserve !

L’an dernier, Penfolds a fêté ses 180 ans. Le titan australien est devenu un empire, et un vrai porte-drapeau pour le pays. **C’est une des marques les plus connues à travers le monde, qui allie tradition et modernité, qui est fière de ses origines tout en innovant sans cesse**. Leur gamme couvre tout un panel d’envies, des cuvées de tous les jours jusqu’au mythique *Grange Bin 95*, un vrai vin de collectionneur à goûter une fois dans sa vie. Et dire que tout cela ne tient qu’à une histoire d’amour, un grain de folie, et deux âmes d’aventuriers… *1844 to evermore*.

Lara Edington