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# Pourquoi on fait semblant d’aimer certains vins ? (et que seules les femmes la ramènent)
- URL: https://www.au-comptoir.com/pourquoi-on-fait-semblant-daimer-certains-vins-et-que-seules-les-femmes-la-ramenent/
- Published: 2026-04-14T18:24:00.000Z
- Updated: 2026-10-07T08:18:09.000Z
- Description: Pourquoi est-ce que parfois on fait semblant d'apprécier des vins, alors qu'en vrai, des fois, ils sont pas fous ? Et surtout derrière, pourquoi est-ce que la personne qui finit par dire que c'est de la m#@de, c'est souvent une femme ? Vraie question, vraie réponse !
- Author: Au Comptoir
- Tags: Boire, Avril - No Woman, no wine

Paris, rue Pernety, il y a quelques années de cela. Il est 21 h et j’ai décidé de gâter mes invités. Je pose sur la table un joli Châteauneuf-du-Pape avec un peu d’âge et repars en cuisine chercher la suite. À mon retour, j’ai le plaisir de découvrir mes convives ravis, transportés par cette belle bouteille. Les superlatifs vont bon train, sauf… du côté de ma meilleure amie, au palais pourtant affûté, mais ignorante en vin. Son verdict, tout en subtilité, tranche avec le discours ambiant : « mais c’est de la daube ! » Je goûte…Et appuie sa position : le vin est bouchonné.

Les situations dans lesquelles les gens font parler les étiquettes plutôt que les vins sont assez nombreuses. J’irais même jusqu’à dire que ce sont souvent des représentants de la gent masculine qui excellent dans cet exercice, parvenant parfois à faire passer des vins pas ouf du tout pour d’incroyables beautés auprès des néophytes. C’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’un grand vin. Le troupeau de mâles le flatte comme s’ils acclamaient la croupe d’une jument de compétition, et ce, même lorsque le vin tient plutôt du canasson de la ferme voisine. Comme si, pour certains hommes, une grande étiquette n’avait pas le droit de décevoir, là où on observe que les femmes ont moins d’hésitation à attaquer le mythe.

Mais alors… Pourquoi ce différentiel de perception ? Il est en effet établi que[ les femmes ont de meilleures capacités olfactives que les hommes](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30814965/?ref=au-comptoir.com) et[ qu’elles perçoivent mieux les goûts](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6213100/?ref=au-comptoir.com) amers, acides, sucrés, salés. Mais les analyses statistiques donnent des écarts raisonnables, loin de nous permettre d’affirmer sans ciller que les femmes dégustent largement mieux que les hommes ; je vous recommande d’ailleurs d’aller [lire l’article de Sarah](https://www.au-comptoir.com/les-femmes-sentent-elles-mieux-que-les-hommes/), qui nous explique tout ça.

Mon avis sur le sujet ? Les dégustations de vin tiennent parfois plus du théâtre italien que d’un réel partage de ressenti.Vous connaissiez les rôles burlesques de la Comedia dell’Arte ? Vous allez adorer les personnages caricaturaux de la Comedia del Vino :

**Le sachant qui monologue**

Lors d’une dégustation, ce personnage est toujours le premier à prendre la parole. C’est même à cela qu’on le reconnaît. Il possède ce bagage intermédiaire qui fait les carrières d’imposteurs : trop de vocabulaire pour être contredit par les profanes, pas assez de profondeur pour intéresser les vrais connaisseurs.Son véritable talent n’est pas de goûter, mais d’orienter. Il ouvre la marche, impose le ton, distribue les rôles. Après lui, les autres ne dégustent plus : ils se positionnent.

**Les sbires qui bêlent**

Ils ne prennent jamais l’initiative, mais excellent dans l’approbation. Véritables choristes du sachant, nous sommes en présence de hyènes empressées qui transforment un ressenti lancé en pâture en une évidence collective. Leur motto : « mieux vaut avoir tort ensemble que raison tout seul ». Le sachant envoie, le premier sbire rebondit, le second reformule et affine… « Ah oui, cette petite note de cranberry… » « Incroyable, j’étais justement sur de l’airelle. » « Et ce côté presque infusé… » En trois répliques, le diagnostic est posé plus vite qu’un cancer sur Doctissimo. Peu importe que, du sachant ou des sbires, aucun n’ait jamais croisé le chemin d’une airelle ailleurs que chez Ikea : l’important est de montrer qu’on est dedans, qu’on appartient à la scène, que le personnage qu’on joue participe à la construction de l’intrigue.

**Les spectatrices qui observent**

Parfois, elles sont là. Mais la pièce n’est pas écrite pour elles. Alors elles restent au bord de la scène, dégustent sans commentaire, évaluent sans proclamation, et ce, alors même qu’elles ont des airelles dans le jardin et savent différencier le goût de l’airelle du 1er septembre vs. le goût de l’airelle du 30 septembre. On les croit effacées, elles sont juste moins fascinées par la chorégraphie virile de la prise de parole, plus intéressées par la dégustation en elle-même que par le concours d’éloquence qui s’y joue. Elles boivent, sentent, jugent intérieurement. La réflexion, la démonstration sont silencieuses. La conclusion prend souvent forme dans leurs tripes, mais n’est que rarement verbalisée à voix haute. Et quand elle l’est, elle n’est pas gonflée par le besoin d’exister, ni décorée pour séduire la galerie. Parfois, elle accompagne les propos du sachant et de ses sbires. Et parfois… elle déchire net le rideau de connivence derrière lequel tout le monde s’était confortablement installé… et qu’on se dépêche de recoudre à la hâte en riant avec gêne, ponctuant l’office d’un « non mais t’y comprends rien c’est pas du tout ça ». Forcément, ça incite encore moins à extérioriser.

**La Comedia del Vino, acte I**

Les personnages étant posés, vous avez deviné quel est ce scénario qui se joue lors de la majeure partie des dégustations. Une fois le vin servi, le sachant occupe l’air de sa parole. Il n’a pas encore goûté, ni même senti : l’étiquette lui a déjà dit tout ce qu’il avait besoin de savoir. Il assemble ses connaissances et les distribue aux sbires, trop heureux de rebondir et d’ainsi donner à leurs personnages l’opportunité de s’exprimer, tandis que les spectatrices sirotent tranquillement et analysent mentalement.

**La Comedia del Vino, acte II**

Il s’agit d’une dégustation à l’aveugle ? Le schéma est le même : le sachant brode autour de ses connaissances, rendant même un fier service aux sbires qui s’étaient entre-temps cachés derrière leurs verres pour ne pas avoir à s’exprimer en premier.Dans ce type de dégustations un peu pointues, il arrive qu’il y ait plusieurs sachants à table. La meute ayant ses règles, le plus dominant prendra le lead, tandis que les autres seront relégués au rang de sbires de qualité supérieure.De leur côté, le jeu de l’aveugle n’est pas le préféré des spectatrices. Même si elles apprécient l’exercice, l’observation de la scène est bien plus divertissante.

**La Comedia del Vino, acte III**

La bouteille qui vient d’être posée sur la table est une icône. Un mythe. On ne compte plus les posts Instagram qui la mentionnent dans leur « liste-des-100-vins-à-goûter-avant-de-mourir ». Toute la tablée connaît la bouteille… et en même temps, personne ne la connaît vraiment. Du coup, l’enjeu change radicalement, car il ne s’agit plus de goûter du vin, mais de se montrer à la hauteur de l’icône.La vue de l’étiquette seule suffit à prédisposer au meilleur, et le ou les sachants mettront tout leur cœur dans l’acclamation de ce jus d’exception, véritable « Je vous ai compris » adressé au vigneron. Même lorsqu’en réalité, personne n’a rien compris. Les sbires ne se risqueraient pas à s’exprimer, mais en de rares occasions, ce sont les spectatrices qui interviennent pour recadrer le débat. Non par volonté d’attirer l’attention, ni même pour le plaisir de la contradiction. Plutôt par esprit de cohérence, car c’est difficile pour elles d’écouter passivement une scène, si en elles se joue une scène exactement opposée.

Car au-delà de leurs aptitudes à sentir et goûter légèrement plus développées que celles des hommes, la vraie force des femmes en dégustation est souvent qu’elles restent fidèles à elles-mêmes. Elles ne sont pas là pour gagner ou pour chercher une approbation, mais plutôt pour défendre un ressenti, une impression, une analyse, n’en déplaise au reste des dégustateurs (hommes) !

Par Diane Souquière