Aller au contenu

La petite histoire d’un élixir de plaisir

Il délie les langues, fait tomber les masques — et parfois les vêtements —, fait rougir les joues... Le vin, et l’ivresse qu’il procure, flirte avec les sens. Pourquoi le vin, plus que tout autre alcool, est-il aussi lié aux mythes et au plaisir ?

Photo @Karolina Grabowska

Table des matières

Il délie les langues, fait tomber les masques - et parfois les vêtements - fait rougir les joues... Le vin, et l’ivresse qu’il procure, flirte avec les sens. Pourquoi le vin, plus que tout autre alcool, est-il aussi lié aux mythes et au plaisir ? Est-il un aphrodisiaque ou simplement un complice bienveillant de nos envies ? Plongeons dans l’histoire délicieusement charnelle d’un nectar singulier.

Au démarrage de tout cet imaginaire sensoriel, il y a les dieux, évidemment. Un en particulier : Dionysos pour les Grecs (Bacchus chez les Romains), mais comme je préfère les Grecs, nous parlerons de Dionysos. Dieu du vin avant tout, il évoque aussi la fête, le désir et même la sensualité et les débordements. Et voilà comment, en un mythe, on a fait du vin un passeport vers les envies débridées. Le vin comme lubrifiant social passe au rang de lubrifiant de l'âme — et du corps, par moment aussi.

Les philosophes d'antan ont naturellement pris le relais, et ont fait de la boisson fermentée de raisins la raison de leur déraison. Je vous en cite quatre qui ont marqué l’histoire du vin dans cette relation charnelle.

Dans Le Banquet, Platon met en scène des convives qui palabrent de l’amour après avoir bu du vin. Le vin s’inscrit comme un catalyseur de vérité et de beauté.


Pour Épicure, le vin, en petite quantité, nourrit l’amitié et l’élan des sens, qui sont au cœur de la vie épicurienne.


Ovide, évidemment, sans mauvais jeu de mots. Ovide parle du vin comme d’un outil de charme et de séduction. « Le vin prépare les cœurs et les rend plus prompts à l’amour. » Cette approche sensuelle du vin est une porte d’entrée pour l’abandon amoureux, qui aujourd’hui encore résonne en chaque amateur de vin que nous sommes.


Enfin, comment parler de vin et de plaisir sans citer Michel Onfray ? Hédoniste assumé, philosophe contemporain du plaisir, il défend une éthique de la jouissance et du vin, qu’il relie à la sensualité du monde. Cette citation très claire reflète sa pensée : « Le vin est une offrande au désir. » Pour lui, le vin devient un préliminaire érotique dans une sorte d’art de la dégustation. Les sens, la bouche en premier lieu, la relation à l’ivresse et l’abandon sexuel qui peut en découler.

Mais pourquoi prête-t-on autant de charme au vin ? Est-il aphrodisiaque ? Y a-t-il une chimie dans chaque bouteille propice à l’extase ?
Alors non, soyons clairs : la consommation de vin ne déclenche pas le désir comme un bouton magique. Mais… il a des arguments :
– Il favorise la vasodilatation grâce aux polyphénols présents (surtout dans les vins rouges). Ce qui peut augmenter la sensibilité corporelle et la détente. Et qu’on se le dise, la détente, c’est le point de départ du désir potentiel, comme me l’affirmait ma prof de réflexologie plantaire.
– Il augmente notre production de dopamine : on se sent mieux dans nos baskets, plus sexy.
– Il bloque notre frein cérébral, celui qui contrôle nos actions, notre parent intérieur, d'où la rapide désinhibition procurée. Celle qui abaisse nos épaules, élargit notre sourire et nous pousse parfois dans des interactions sociales et amoureuses, autrement réprimées. Oui, c’est vrai, cette dernière raison est une conséquence de l'absorption de n’importe quel alcool.

En revanche, on peut parler du rôle du contexte : le rituel du vin peut être plus aphrodisiaque que la boisson elle-même. Le service, l’histoire autour, les arguments échangés et partagés, sont un bon point de départ. Le vin est un alcool qui rend bavard. Rares sont celles et ceux qui épiloguent quinze minutes sur la couleur, la robe ou la longueur en bouche d’une vodka.
Un dîner aux chandelles. Une bouteille de rouge. Deux verres qui s’entrechoquent. Et ce regard… Le vin, c’est aussi un langage amoureux. Il signifie le goût, le soin, le raffinement.

Peut-on alors dire que la mise en scène autour du vin excite ?


À méditer.

Leslie Brochot

commentaires

Dernier

L'édito d'octobre d'Éric : avec émotion !

L'édito d'octobre d'Éric : avec émotion !

Dans le monde du vin, il y a un vocabulaire d’une précision redoutable : robe, attaque, tanins soyeux, finale persistante, notes de cuir, de sous-bois, de pierre à fusil… Et bien sûr on note sur 20, sur 100, on attribue des étoiles, des médailles, des coups de cœur. Bref,

Membres Publique
Au Comptoir s'associe avec l'application Le GlouGlou

Au Comptoir s'associe avec l'application Le GlouGlou

Aujourd’hui on lève nos verres pour vous annoncer une grande nouvelle. Ça fait un moment que ça mijote dans les marmites, et ça y est ! On allie nos forces avec Le GlouGlou ! THE app’ pour les hédonistes que vous êtes. On teste un bon paquet d’applications vin Au

Membres Publique
🍷 On déguste Bordeaux - les vins blancs doux et fruités

🍷 On déguste Bordeaux - les vins blancs doux et fruités

Mes débuts dans le monde du vin se situent à Bordeaux, pendant mes années en école d’ingénieur agricole. Même si ça remonte, j’ai gardé un attachement fort aux vins qui ont initié mon palais. Et notamment à une catégorie que l’on ne regarde clairement plus assez aujourd’

Membres Publique