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Dans le monde du vin, il y a un vocabulaire d’une précision redoutable : robe, attaque, tanins soyeux, finale persistante, notes de cuir, de sous-bois, de pierre à fusil… Et bien sûr on note sur 20, sur 100, on attribue des étoiles, des médailles, des coups de cœur. Bref, on mesure tout.

Quitte parfois à en oublier l’essentiel.  

Rappelez-vous le plus grand vin que vous ayez bu dans votre vie. Celui que vous n’oublierez jamais. Vous souvenez-vous précisément de son acidité ?

Non. D’abord, vous vous rappelez la terrasse où vous l’avez bu, de la lumière ce soir-là, des gens autour de vous ; bref, du contexte.

Mais surtout, vous vous souvenez d’une émotion.

Le problème, c’est que l’émotion, ça ne fait pas très sérieux. Dans notre société, elle est malheureusement de plus en plus perçue comme étant obscène, source de faiblesse au point d’être moquée.

Alors on se cache derrière les mots. Plutôt que de dire « ce vin me bouleverse », on préfère évoquer une « belle tension minérale ». C’est plus prudent. Ça évite d’avoir à expliquer pourquoi on a les yeux un peu brillants devant un verre de chenin.

Et pourtant… Le nez, déjà, ne sait pas tricher. Il suffit d’une odeur, une seule, pour nous renvoyer des années en arrière dans le souvenir ému d’une cave à vin, d’une cuisine de famille ou d’une visite de vignoble.

Proust avait sa madeleine. Nous, nous avons nos bouteilles !

C’est précisément ce que j’aime dans le vin. Il n’existe aucun guide capable de prédire ce qu’on peut ressentir. Il faudrait écrire sur les contre-étiquettes ce genre d’avertissements : « peut provoquer des souvenirs », « risque de nostalgie » ou « à partager avec quelqu’un qui compte ».

Ce serait joli, n’est-ce pas ?

Alors, la prochaine fois que vous serez accoudé à un comptoir à déguster un verre de vin, n’ayez pas peur de ne pas trouver les mots justes. Oubliez un instant le sous-bois et la pierre à fusil. On s’en fout. L’émotion est une réponse à tout !

Et si quelqu’un vous demande ce que vous pensez de votre verre, répondez simplement : « Il me fait quelque chose. »

Personne ne pourra vous donner tort.
Après tout, un vin qui se goûte, c’est bien.
Un vin qui se ressent, c’est mieux.

Santé ! (avec émotion)

Éric Metzger

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