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Un bon vin est-il un vin cher ?

Comment le prix d’un vin est-il défini ? Quels paramètres entrent en jeu ? Comment s’y retrouver dans ce grand écart de 2 à 5 000 € la bouteille ? Faut-il craquer son PEL pour s’assurer de boire bon ? Autant de questions existentielles auxquelles Leslie répond dans cet article.

Bouteilles de vin cheres - Bourgogne
Photo @Leslie Brochot

Table des matières

Cette question, un poil naïve, mérite d’être posée, puisqu’elle m’est très régulièrement posée. Elle est incontournable, que l’on soit amateur éclairé ou consommateur sporadique. Au-delà du prix en tant que tel, la question du rapport prix/plaisir est essentielle. Mais à l’heure où les prix des vins, toutes régions confondues, s’envolent, comment comprendre le prix du vin, et doit-on se fier à un certain tarif pour être sûr de boire du bon vin ? Je vais ici tenter de vous éclairer sur l’ensemble des critères qui déterminent le prix des vins pour voir comment répondre ensuite à cette question.

Tour d’horizon du marché des prix du vin

Lorsque l’on regarde sur certains sites de vente de vin en ligne, les bouteilles les moins chères sont autour de 4,50 € et les plus chères peuvent aller jusqu’à 5 000 €. Comment se justifie la différence de prix entre un vin « industriel » vendu en supermarché et les vins les plus chers au monde, dont le prix peut aisément dépasser les 10 000 € ?

Selon un sondage Vivino (l’une des plus grosses marketplaces de vin, qui collecte des informations auprès de milliers de prix de vendeurs de vins, et des millions d’avis de consommateurs), un vin rouge ayant obtenu la note de 3,6/5 (le catégorisant comme « un bon vin rouge ») coûterait 13,30 €. Une très bonne bouteille de vin rouge atteindrait quant à elle le prix moyen de 27,60 €.

Côté blanc, les prix sont classiquement un peu plus bas : 12,25 € pour un bon vin blanc, et 21,20 € pour un très bon vin blanc.

Et selon le baromètre 2022 de l’agence « So Wine » (agence de communication dans le vin), à paramètres constants (même appellation, même millésime…), on observe un écart de 60 % des prix d’un vin à l’autre. Alors comment s’y repérer dans tout ce marasme qui paraît n’avoir ni queue ni tête ?

"Le vin a un coût en deçà duquel il paraît difficile de produire un jus maîtrisé et qualitatif."

Quels éléments déterminent le prix d’un vin ?

Les vignerons doivent prendre en compte une multitude d’éléments et de décisions pour définir le prix de leur vin.

1 – Des éléments objectifs et incompressibles, pour commencer, car vous vous en doutes, il existe des coûts fixes à la production d’une bouteille de vin.

Rien de tel que quelques chiffres à bien envoyer pour comprendre.* Chiffres basés sur les coûts réels d’un producteur qui souhaite rester dans l’anonymat complet.

Prenons le cas d’un vigneron récoltant, possédant un domaine de 20 hectares dans une appellation française de renommée internationale, et dont les vendanges sont entièrement réalisées à la main : sur l’une de leurs cuvées en vin rouge, non parcellaire, avec une production de 12 000 bouteilles environ selon les années.

Prix de la bouteille en prix public : 20 € TTC

À cela, il faut retirer le coût des matières sèches :

  • Capsule : 20 ct HT
  • Bouchon : 35 ct HT
  • Bouteille en verre : 80 ct HT Carton + alvéole : 1,38 / 6 = 23 ct
  • Étiquette : 10 ct (sans compter la création graphique)

Soit un total de 1,68 € HT

Il faut ensuite compter les ressources + frais généraux (salariés payés correctement – plus que le SMIC –, entretien, charges, assurances…)

La bouteille coûte ici à produire = 6,68 € HT **

** Ici ne sont pas comptés les salaires des deux vignerons propriétaires du domaine.

Cette même bouteille sera vendue selon les statuts des acheteurs professionnels :

  • À un agent : 8,20 € HT
  • À un caviste : 10,93 € HT
  • Aux restaurants : 12 € HT (avec transport)

Je vous laisse faire le calcul de l'argent empoché par le domaine.

Et on ne parle pas des prix pratiqués par la grande distribution, qui sont souvent bien moindres à l’achat, mais notre duo de vignerons ne vend pas en GD.

Voici une première réalité sur le coût matériel de la production d’une bouteille.

2 - À cela s’ajoutent d’autres paramètres.

La région de production, les appellations, avec de grandes disparités des prix du foncier. Le millésime et les aléas climatiques qui ont pu être à l’origine de pertes de production allant parfois jusqu’à la totalité d’une année. Le style de production : la conduite de la vigne et la vinification en bio ou en biodynamie sont plus coûteuses et plus risquées que les pratiques conventionnelles. Les quantités de vin produites – les rendements –, que ce soit à travers des densités de plantation variables ou l’âge des vignes, plus ou moins productives. La topologie du vignoble et les difficultés de production qui peuvent aller avec (zones de montagne, coteaux…).

Une fois de plus, voici un tableau à l’appui pour bien comprendre les enjeux. Heures de travail réalisées par hectare selon les lieux de production**

Lieu et façon de produire 

Heure de travail par hectare

Nombre d’ouvrier par hectare 

Côte Rôtie (pentes et terrasses abruptes) – aucune mécanisation possible en vendange

1200

1 pour 1,5 hectares

Sancerre

700

1 pour 3,5 hectares

Moyenne des AOP 

350


Terres mécanisables / production industrielle

50

1 pour 50 hectares

**Chiffres croisés du Sicavac (Laboratoire Œnologique) et du cabinet de conseil Derenoncourt 

Ça calme, n’est-ce pas ! 

On voit bien ici que deux types de viticultures s’opposent : La viticulture industrielle - les gros faiseurs - et la viticulture artisanale.

3 – Une autre fournée de paramètres non moins négligeables

D’autres éléments, plus subjectifs et beaucoup moins maîtrisables, rendent l’équation de la compréhension bien plus ardue pour répondre à notre question initiale. La renommée du producteur, la rareté, les notations qui peuvent faire exploser du jour au lendemain les prix d’un domaine. Et aussi un élément assez pervers : la spéculation. Vaste sujet que nous ne détaillerons pas ici, mais qui fait peser sur le monde du vin de fortes pressions économiques et aussi beaucoup de déceptions. Car oui, lorsqu’on sacrifie un mois de salaire pour une bouteille à la renommée intersidérale et à la spéculation sans freins, eh bien la question reste toujours : le vin vaut-il ce prix-là ?

Si l’on devait conclure sur le prix à partir duquel on peut considérer que le vin est bon, la réponse serait la suivante : le vin a un coût en deçà duquel il paraît difficile de produire un jus maîtrisé et qualitatif. Un vin à 3 € peut être « correct » au goût, mais quid de sa façon d’avoir été produit et des intrants ajoutés pour éventuellement rectifier une matière première (les raisins) de faible qualité et de gros volume. On n’obtient pas une dentelle de Calais à bas prix. On vous laisse écouter le coup de gueule de Jéjé à ce sujet.

En revanche, nombreux sont les vignerons qui produisent de fabuleux vins à petits prix, au regard de tout ce qui a été énoncé plus haut. Et quant aux vins aux prix stratosphériques, l’enrobage qui gonfle les prix n’assure pas forcément la meilleure des qualités.

La question reste entière, voire philosophique. Mais s’il faut retenir une chose, c’est que la notion de rapport prix/plaisir reste la plus pertinente, et celle-ci est propre à chacun.

Par Leslie Brochot

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