Aller au contenu

Vin de caractère au féminin

Il n'y a pas de vins féminins, mais des vins faits par des femmes. Puissantes et déterminées, réalité du terrain oblige, elles ont réussi à porter en avant une histoire familiale ou un projet personnel.

Elisabetta vigneronne
Photo @Guillaume Bodin

Table des matières

Tant de femmes inspirantes qui s'élèvent dans un monde du vin aux allures parfois monotones. Des vigneronnes qui ont su prendre leur place dans un univers formaté où la masculinité a largement dominé les règles du jeu. L'ont-elles seulement bien vécu ? Si pour la plupart cela était une vocation naturelle, elles partagent indéniablement un sentiment commun : celui de devoir porter en avant leur féminité. Portraits !

Vanessa Cherruau, Château de Plaisance, Anjou

VanessaCherrruau
Photo @KarollPetit

Être une femme + monde du vin = combat ?

Mon premier combat a d'abord été de me convaincre que cela était possible ! Reprendre seule un domaine, sans héritage familial ni viticole, croire que je n'étais pas obligée de m'associer à un homme pour rendre ce projet réalisable. Il y a encore une dizaine d'années, il y avait très peu de modèles et beaucoup de jugements dès que l'on ne correspondait pas à un profil classique. Ce qui est bien, c'est que dès que l'on réussit, que le travail finit par payer, cela fait vite taire les sceptiques !

Un obstacle en particulier ?

Je pense qu'au-delà du monde du vin, créer une entreprise tout en devenant mère est, si ce n'est un obstacle, une expérience d'une intensité inouïe. Physiquement et émotionnellement, c'était comme perdre des points de vie. De façon plus insidieuse, devoir reprendre les clients, fournisseurs, visiteurs, qui me demandaient continuellement où était mon patron ou mon mari a été une forme de lutte continue. Comme si je ne pouvais pas représenter le modèle d'un directeur de domaine, ça me rendait dingue. Aujourd'hui, je peux vous dire que celui qui commet encore l'erreur est très mal reçu !

Être une femme + monde du vin = force ?

Je refuse d'en faire un argument, mais les différences sont des forces, et un inconfort lié à la condition de femme pousse à progresser. Par ailleurs, je note une tendance plus naturelle chez les femmes à se remettre en question. Si cela peut fragiliser et générer du doute, dans le contexte actuel de grande instabilité - climatique et mutations du marché - cette capacité à observer et questionner devient une vraie force.

Puissance féminine collective dans le monde du vin ?

Très clairement, et dans la société en général ! La capacité à dire non, à agir en cohérence avec ses valeurs, à prendre notre place sans avoir peur d'être ridicules. Les profils de femmes se multiplient dans le monde du vin et elles s'inspirent entre elles. Nous passons d'une logique de compétition à une logique d'entraide : la sororité. Ce sujet me tient particulièrement à cœur et je ne cesserai jamais d'encourager cette égalité et ce soutien, le monde du vin et la société s'en porteront mieux.

Elisabetta Foradori, Azienda Agricola Foradori, Dolomites

Elisabetta Foradori
Photo @Lido Vannucchi

Être une femme + monde du vin = combat ?

Je n'ai pas vécu ma féminité comme un combat. J'ai cherché à tracer ma voie à travers ma passion, mon courage, et une persévérance naturelle. Si quelqu'un a parfois pu freiner ma liberté et mon potentiel, ce n'est jamais l'influence masculine mais bien moi-même.

Être une femme + monde du vin = force ?

Certaines qualités sont indéniablement liées à la féminité : créativité, bienveillance, patience. J'ai su les utiliser pour progresser dans le domaine agricole mais aussi au-delà, parfois avec succès, parfois moins.

Puissance féminine collective dans le monde du vin ?

Oui, et je suis particulièrement heureuse de pouvoir constater toute une génération de femmes plus actives et qualifiées, qui créent une véritable compétence féminine dans le monde du vin.

Marta Rinaldi, Rinaldi, Piémont

Marta Rinaldi
@Marta Rinaldi

Être une femme + monde du vin + héritage familial = combat ?

Lors de mon apprentissage à l'université œnologique d'Alba, j'étais certes une des rares étudiantes femmes mais ne l'ai pas vécu comme une faiblesse. Être vigneron est un métier difficile à maîtriser en général, peu importe le genre.

Un obstacle en particulier ?

Ce qui est certain, c'est que les hommes sont encore largement majoritaires au sein des institutions et des associations liées au vin, et les femmes ont parfois du mal à se faire une place et à faire entendre leur voix.

Être une femme + monde du vin = force ?

Je pense avant tout que ce sont mon caractère et ma personnalité qui ont joué un rôle prépondérant dans mes choix, plus encore que mon statut de femme. La renommée du vin de Barolo et l'histoire de ma famille, liée à la viticulture depuis plusieurs générations, m'ont toujours encouragée à être ambitieuse et reconnaissante de cette chance.

Puissance féminine collective dans le monde du vin ?

Par la multiplication du nombre de vigneronnes, de femmes journalistes et présentes au sein d'institutions, les voix des femmes sont de plus en plus visibles et puissantes. Ces évolutions ont lieu tant au niveau national qu'international et évidemment c'est une très bonne chose.

Jancis Robinson : the wine queen

@Jancis Robinson

C'est avant tout la première critique de vin femme à obtenir le titre de Master of Wine, en 1984. Alors qu'elle écrivait pour le Financial Times (ce qu'elle fait toujours), elle devient une icône du vin et participe à ouvrir ce monde à de nombreuses femmes. Éclairée et ambitieuse, elle lance en 2000 son propre média sous son nom, Jancisrobinson.com. Investir la scène numérique n'était pas une évidence à l'époque, et c'est aujourd'hui une référence médiatique internationale où participent de nombreuses grandes figures du vin. Rares sont les figures dont l'influence touche à la fois les néophytes et les amateurs, s'étant particulièrement distinguée avec un discours pédagogique, tout en ayant une grande crédibilité auprès des professionnels.

Philine Isabelle, Piémont

Philine Isabelle
Photo @Philine Isabelle

Être une femme + monde du vin = combat ?

Je n'ai pas ressenti de désavantage particulier au fait d'être une femme, mais je sais que j'ai aussi la chance d'avoir un physique et un corps forts qui peuvent assumer toutes les tâches du métier de vigneronne. Je n'ai peut-être pas la force d'un homme mais j'arrive à travailler en autonomie. Bien sûr, cela ne protège pas des regards et des jugements. Par exemple, je m'assure toujours de porter mes vêtements de travail lorsque je reçois quelqu'un au domaine car la vision d'une femme dans ce contexte est toujours associée à la figure de la secrétaire ou de la femme du dirigeant. C'est parfois difficile d'assumer de devoir recourir à des astuces, comme si l'on s'identifiait aux vêtements que l'on porte, pour transmettre le bon message.

Un obstacle en particulier ?

À mes yeux, la plus grande difficulté se situe plutôt dans la maternité. Trouver l'équilibre entre la grossesse, les responsabilités familiales d'une mère, un épanouissement personnel et le travail de vigneronne est particulièrement compliqué. Autour de moi, je représente un domaine qui porte mon nom et l'on attend que je sois celle qui assume à 100 % l'ensemble des tâches. Or, cela est très difficile tout en ayant une vie de famille.

Puissance féminine collective dans le monde du vin ?

Personnellement, je n'ai pas la sensation d'un véritable collectif féminin dans le monde du vin, mais plutôt d'un noyau de personnes qui partagent la même sensibilité, au-delà du genre. Je place plutôt cette affinité de personnalités au cœur d'une puissance vigneronne collective.

Par Elle Rogosky

commentaires

Dernier

L'édito d'octobre d'Éric : avec émotion !

L'édito d'octobre d'Éric : avec émotion !

Dans le monde du vin, il y a un vocabulaire d’une précision redoutable : robe, attaque, tanins soyeux, finale persistante, notes de cuir, de sous-bois, de pierre à fusil… Et bien sûr on note sur 20, sur 100, on attribue des étoiles, des médailles, des coups de cœur. Bref,

Membres Publique
Au Comptoir s'associe avec l'application Le GlouGlou

Au Comptoir s'associe avec l'application Le GlouGlou

Aujourd’hui on lève nos verres pour vous annoncer une grande nouvelle. Ça fait un moment que ça mijote dans les marmites, et ça y est ! On allie nos forces avec Le GlouGlou ! THE app’ pour les hédonistes que vous êtes. On teste un bon paquet d’applications vin Au

Membres Publique
🍷 On déguste Bordeaux - les vins blancs doux et fruités

🍷 On déguste Bordeaux - les vins blancs doux et fruités

Mes débuts dans le monde du vin se situent à Bordeaux, pendant mes années en école d’ingénieur agricole. Même si ça remonte, j’ai gardé un attachement fort aux vins qui ont initié mon palais. Et notamment à une catégorie que l’on ne regarde clairement plus assez aujourd’

Membres Publique