Table des matières
L’été dernier, je suis passée à un souffle de perdre ma mâchoire.
Mise en contexte. Une table d’apéro en bord de mer, à Jullouville, en Normandie (on a les amis qu’on mérite), tout un tas de joyeusetés à grignoter, crevettes et autres produits de la mer. Je saisis alors une bouteille de prosecco devant moi, je commence à l’ouvrir, je détends le muselet autour du bouchon, quand soudain un camarade me tend une bouteille de champagne déjà ouverte pour me servir. Je délaisse la bulle italienne, satisfaite de ce « car-jack » champenois. Je décide alors de me pencher au-dessus de la table pour aller attraper une poignée de crevettes grises, en prenant tout mon temps.
C’est alors que l’un de mes très chers amis, dont je bénis l’attention, m’interpelle et me signale que ma mâchoire est positionnée juste au-dessus de la bouteille, que j’ai abandonnée sur la table sans prendre la peine de "remuseler" le bouchon. Bouchon qui, par ailleurs, avait commencé sa poussée.
Je vous épargne ce que j’ai évité de près grâce à cet ami attentif. En revanche, je vous propose de comprendre exactement quelle est la puissance d’un bouchon de champagne (ou de prosecco) qui pète.
Si l’on en croit les analyses scientifiques du professeur Bucella, « il y a à peu près cinq litres de gaz carbonique enserrés dans une bouteille de 75 cl, ce qui équivaut à une pression de 6 bars, soit six fois la pression atmosphérique, soit encore la pression en plongée sous-marine à cinquante mètres de profondeur ».
Bon, mais perso, la pression atmosphérique et la plongée, ça ne me parle pas beaucoup. Je suis allée creuser un peu dans notre quotidien pour comparer à du comparable.
6 bars, ça correspond à un pneu de camion ou de véhicule lourd : la pression peut monter jusqu’à 6 bars selon la charge. Si vous n’êtes pas camion non plus, je vous donne un dernier exemple : la pression d’un petit Kärcher industriel léger ; la pompe travaille autour de 6 bars.
En gros, ce qu’il faut retenir, c’est que 6 bars = 6 fois la pression autour de nous. Voilà !
Le bouchon de champagne, ce n’est pas juste un petit objet qui saute, c’est une mini-fusée festive.
Pour le quantifier, il faut prendre en compte :
· la pression dans la bouteille ;
· la force exercée sur le bouchon, qui correspond à environ 50 kg de poussée ;
· la vitesse d’expulsion : selon les calculs physiques et mesures expérimentales, le bouchon est expulsé entre 16 et 24 m/s*. Et 20 m/s, c’est environ 72 km/h ! Soit grosso modo une balle de baseball lancée par un adolescent en passe de devenir pro.
Ce petit morceau de liège inoffensif se révèle donc, à l’ouverture, être un vrai mini-projectile.
Quand on ouvre une bouteille de bulles, il ne faut pas plus de 0,036 seconde au bouchon pour vous éclater la mâchoire. Soit trois fois moins de temps qu’il ne m’en fallait pour aller prendre ma poignée de crevettes grises.
Conclusion : il faut toujours un ami avec soi pour boire du champagne.
* Chiffres donnés sur le site du CIVC – tests en vidéos haute vitesse par Scientific American et Popular Mechanics.
Par Leslie Brochot