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Du charbon au charbonnay : le vin qui pousse sur les terrils du Nord

Les terrils du Pays à part, Haillicourt ©
Photo©Yannick Cadart

Table des matières

Il y a des idées qui, sur le papier, ressemblent à une blague de comptoir. Planter de la vigne sur des tas de déblais miniers, à 95 mètres de hauteur, dans le Nord-Pas-de-Calais, une région qu'on n'associe pas spontanément aux grands terroirs viticoles - d'ailleurs, quand j'entends ça, je me dis qu'on se fout de moi.

Et pourtant, c'est exactement ce qu'Olivier Pucek, que j'ai interviewé, et ses associés ont fait. Et à l'aveugle, sachez que son chardonnay talonne quelques bons canons bourguignons, à la mode vin de papa certes, mais tout de même.

Tout part d'une discussion en 2008 avec Henri Jamet, vigneron en Charentes, autour de la question fatidique : c'est quoi un bon terroir ? Olivier pense aux terrils de son enfance, à leurs pentes orientées plein sud, à leurs schistes et grès du Carbonifère, ces mêmes cailloux qui, à Collioure, font des merveilles. Un sol noir et très peu fertile, parfait pour la vigne et qui me donne immédiatement envie de faire un épisode hors-série de Jus de Caillou.

Le projet se monte avec l'aide de la ville d'Haillicourt, des associés locaux et une bonne dose d'obstination. Parce que cultiver un terril, c'est physique. Pas d'eau naturelle, des pentes hyper raides. Olivier et ses acolytes y plantent 40 ares de chardonnay en 2011, d'où le nom de la cuvée charbonnay - on adore !

Le vin, lui, joue la carte bourguignonne assumée : macération, élevage douze mois en fûts neufs, chardonnay riche et gras. Sorti à l'aveugle face à de grands bourgognes chez un doublement étoilé, il n'a pas rougi. Car si le projet a été très bien accueilli, Olivier me confie qu'ils étaient un peu attendus au tournant, alors le vin, lui, devait habiter les palais.

Aujourd'hui, les vignerons desserrent un peu la cravate qu'ils ne portent pas et cherchent à faire un vin avec plus de tension : vendanges un poil plus précoces, moins de fûts neufs…

La production reste confidentielle - quelques cavistes nordistes, dont une cave lilloise qui écoule à elle seule 120 bouteilles. Pas de quoi inonder les marchés, mais largement de quoi alimenter la légende d'un vin qui sent le schiste, l'audace et l'histoire originale à raconter dans vos dîners.

Classés à l'UNESCO depuis 2013, les terrils sont désormais protégés - ce qui rend pareil projet impossible à reproduire aujourd'hui. Ce chardonnay du bout du monde industriel restera donc une pièce unique.

Par Leslie Brochot

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