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Ballon de rouge vs ballon de proto, tout fout le camp !

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Hier 22 juin, au lendemain de la fête de la musique, j'ai eu le malheur d'arpenter la rue de Rivoli. Les déchets, ok, c'est naze ! Mais ce qui m'a frappée, ce sont les centaines de bonbonnes de gaz, du protoxyde d'azote, prévues pour faire, entre autres, de la chantilly, mais désormais utilisées pour se faire des petits shoots hilarants.

Alors oui, je sais, hier, par 40°, il a été décidé, par un arrêté préfectoral*, dans la plupart des communes dont Paris, d'interdire l'alcool et la vente d'alcool sur la voie publique, le danger étant de mêler l'alcool aux grosses chaleurs. Mais voir tant de bonbonnes de gaz et zéro bouteille de vin cassée, ça m'a fait un choc.

Et j'ai eu envie de revenir sur un truc. Un verre de vin partagé et un ballon de protoxyde d'azote gonflé dans un parking n'ont vraiment rien en commun, sinon le fait d'altérer, un instant, notre rapport au monde. Tout le reste les oppose.

Le vin, d'abord, ne se résume jamais uniquement à de l'alcool. Derrière chaque verre, il y a une telle richesse, de telles histoires. Il y a aussi, et c'est pour moi l'essentiel, un rituel : on sert le vin à quelqu'un, on en parle, on l'associe à un petit quelque chose à grignoter, on raconte éventuellement l'histoire de ce vin, on en rediscute encore après. À l'instar des déjeuners qui s'étirent et se prolongent en dîners. Le sociologue de l'alimentation Claude Fischler a montré que le repas à la française repose sur la commensalité, un mot savant pour parler du fait de manger et boire ensemble. Ensemble, c'est à dire dans un temps et un lieu partagés. Le fameux le lien social. Donc le vin, c'est collectif. C'est un prétexte à rester avec quelqu'un, et ce n'est pas mes amis qui diront le contraire.

Comme l’aurait dit notre cher Jean-Pierre Coffe :“mais c’est d’la merde”!

Le protoxyde d'azote, lui, ne porte rien. Pas de terroir, pas de geste, pas de transmission, pas même un goût qui mériterait d'être décrit. Juste un gaz détourné de son usage médical ou alimentaire, inhalé via un ballon de baudruche. Ça dure quelques minutes, et basta. Mais je me suis penchée sur les chiffres en rentrant chez moi, et j'ai eu froid dans le dos : l'OFDT - Observatoire français des drogues et des tendances addictives - recense environ 5,5 % des élèves en fin de scolarité obligatoire ayant déjà expérimenté le produit, et près de 14 % des 18-24 ans en Île-de-France, où le phénomène explose, comme on le constate un lendemain de fête. Pire : entre 2020 et 2024, le nombre de cas graves d'intoxication signalés a été multiplié par 4,3, avec des troubles neurologiques irréversibles dans 80 % des cas. Sur la route, les accidents graves liés au proto recensés en 2025 sont quarante fois plus nombreux qu'en 2019. Car oui, c'est marrant de consommer du gaz hilarant au volant.

Ce gaz s'inhale seul, dans une logique de défonce immédiate, coupé de toute conversation. Il isole plutôt qu'il ne rassemble. Comme l’aurait dit notre cher Jean-Pierre Coffe :“mais c’est d’la merde”!

Non seulement le proto, de son petit nom, n'a aucune valeur de quoi que ce soit, mais il laisse littéralement des déchets dangereux et non recyclables dans l'espace public - là où la bouteille de vin vide, elle, se recycle.

Et le pire, c'est que le protoxyde d'azote est un produit du quotidien, vendu en grande surface ou en ligne, qui n'a jamais eu l'image d'une drogue. Sa vente n'est interdite aux mineurs que depuis 2021 ; pour les adultes, elle reste libre. Autant dire que ça circule sans effort vers les plus jeunes. Pendant ce temps, des réseaux entiers se structurent pour en importer et en revendre comme n'importe quel produit stupéfiant, avec le marketing stylé qui va avec. Résultat : personne ne le met dans la catégorie « drogue ». Alors que pour l'alcool, depuis la Loi Évin, tout est cadré, taxé, contrôlé depuis des décennies, le proto, lui, a explosé précisément parce qu'il échappait à tout ça.

Alors les gars, sans inciter à boire sans modération évidemment, lâchez les ballons de gaz et filez Au Comptoir.


Je vous laisse avec l’info qui tue : 

Pour la soirée de la fête de la musique : 4 800 policiers et gendarmes mobilisés à Paris pour faire respecter la mesure de pas d’alcool, mais zéro bonbonne de proto contrôlée.


*la Préfecture de Police a interdit la consommation d'alcool sur la voie et dans les espaces publics à Paris du dimanche 21 juin 2026 à 7h00 au lundi 22 juin 2026 à 7h00 

Sources : OFDT, Synthèse des connaissances sur le protoxyde d'azote ; Sénat, séance du 26 février 2026 ; Région Île-de-France ; Claude Fischler, sociologue de l'alimentation, CNRS.

Par Leslie Brochot

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