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Les jeunes boivent-ils (vachement) moins qu’avant ?

Jeunesse et bibine seraient-ils fâchés ? Voici l’occasion de démonter quelques clichés portés par des statistiques affolées.

Photo @mushaboom-studio

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Spoiler : ce n’est pas juste une question de santé.

« Les jeunes d’aujourd’hui sont devenus plus raisonnables », « Ils font plus attention à leur foie », « Ils sont plus conscients de l’impact de l’alcool »…Oui, oui, oui… Tout ça, on l’a déjà entendu cent fois. La santé, le prix des verres, le goût pour le kombucha et le sport du dimanche matin. Le vin, autrefois pilier des repas et fierté culturelle, est en perte de vitesse depuis des années. Certains diront qu’il souffre d’une image trop sérieuse ou d’un prix parfois corsé. Pourtant, l’art de la dégustation n’a jamais été aussi démocratisé et ludique qu’aujourd’hui, et pour le portefeuille, bien des régions proposent des vins à des tarifs tout à fait corrects – surtout face aux pintes parisiennes qui frôlent parfois les 10 euros !

En parallèle, pendant que la consommation d’alcool et de tabac recule, celle des drogues semble exploser. L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (l’OFDT) rapporte une nette augmentation du cannabis chez les jeunes, sans parler de la consommation de cocaïne qui a doublé en dix ans. On vous passe les autres chiffres sur la kétamine et autres drogues de synthèse, tout aussi réjouissants… Face à ce constat, l’argumentaire « santé » dans le raisonnement anti-alcool des jeunes nous paraît un peu lég’…

Comment expliquer ces changements de consommation, alors ? Se cacherait-il peut-être une autre raison derrière ces explications polies, plus sociétale et surtout, plus grave ? Car la nouvelle génération est tout à fait unique dans l’histoire de l’humanité. Elle se réfugie sur Discord, Netflix et les applis qui inondent nos téléphones « intelligents ». Elle passe la soirée en solitaire… mais avec les copains, en ligne. On « sort » ensemble, sans sortir. Le nouvel apéro se fait à distance avec un casque-micro, et sans une goutte d’alcool. Et si le secret de polichinelle était tout simplement que la génération connectée est enfermée derrière les écrans ?

La logique est implacable : moins de sorties = moins d’alcool. Les jeunes consomment moins, peut-être parce qu’ils sociabilisent moins qu’avant. Elle pourrait d’ailleurs aussi s’appliquer à une autre statistique : la baisse notable des grossesses chez les jeunes (voire la baisse du taux de natalité en général si on voit en plus grand). Ce n’est pas seulement parce que les efforts de prévention portent leurs fruits, ou que les jeunes sont plus responsables que les générations passées. Peut-être que ces baisses s’expliquent surtout par le fait qu’ils sortent moins, boivent moins, se parlent moins… et b*isent moins. Trop de distractions, trop de distanciation, trop d’applis qui donnent l’illusion de connexion humaine et de drague alors qu’on ne fait que parler (ou ghoster) depuis son canapé. Sur Tinder et autres, pas besoin de boire un petit coup pour se donner du courage. Finalement, ce n’est peut-être pas la morale ou la santé qui ont changé en premier — mais le décor. Et dans ce décor, les bars se vident, les apéros sont moins bruyants et les lumières sont bleues. Même si les effets d’une consommation moindre sont notables et positifs, est-ce vraiment du progrès, tout ça ?

Précision avant que certains s’emballent? Non, ceci n’est pas une ode au binge drinking ni une campagne de recrutement pour repeupler les pistes de danse (même si Au Comptoir, on aime bien danser). Ce n’est l’apologie ni de l’alcool, ni du sexe, ni la nostalgie d’une époque où l’on finissait la nuit dans un état douteux au fond d’un bar – d’autant qu’on ne peut pas vraiment regretter une époque qu’on revisite encore (parfois)… Il ne s’agit pas non plus de juger les modes de vie actuels : moins boire, ça a évidemment beaucoup de bon. L’important, c’est plutôt de souligner un phénomène culturel qui a une incidence bien plus large que sur la simple consommation d’alcool (qui a elle-même une incidence sur la fréquence des bars, leur fermeture, les emplois… on ne va pas remonter toute la chaîne, mais vous voyez l’idée : rien n’est isolé). C’est le reflet d’un changement profond dans nos façons de nous rencontrer, de créer du lien, de s’intégrer en société, de communiquer, et, soyons honnêtes, de parfois nous ennuyer.

Et ah, l’ennui !!! Les jeunes semblent passer à côté de ce doux sentiment. Celui d’où naît la créativité, le dépassement de soi, et parfois les bêtises. Mais on n’a qu’une vie pour faire toutes les bêtises possibles ; autant ne pas perdre de temps sur son téléphone. Débranchons. Par amour de la légèreté et de la vie, nous vous dirions aussi – trinquons ! Mais l’alcool n’y est même pas nécessaire. Juste une table, des verres, et des copains. La vie en couleur et en 4D. Et on vous promet qu’à coups de communauté, on devrait arriver à en panser, de nos malheurs modernes.

Par Lara Edington

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