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Un parfum de chlore flotte sur mes meilleurs souvenirs d’été. Je trouverais ça plus romantique d’écrire « un parfum de bord de mer » mais que voulez-vous.
Mes premiers (et uniques) saltos, mes premiers émois amoureux, mes plus belles parties de tarot: tout ça sentait bien moins les embruns et le sable chaud que des choses barbares comme le dichloroisocyanurate de sodium – molécule biocide, désinfectante et désodorisante dont l’odeur âpre d’eau de Javel vous prend au nez dès la caisse des piscines municipales et vous colle à la peau jusqu’au lendemain.
Odeur pas particulièrement plaisante mais qui, dans les piscines à ciel ouvert, se dilue au contact de toutes les autres. Les vapeurs de pierre qui émanent des dalles brûlantes. Les effluves divins des pins. Le parfum rassurant des crèmes solaires. L’encre et le papier des livres et des magazines qui sont encore meilleurs quand ils gondolent sur une serviette humide. Les relents de plastique neuf des brassards et des bouées qui cuisent en plein cagnard.
L’été, l’odeur du chlore est une toile de fond sur laquelle s’impriment mille images, mille sensations, et c’est sûrement pour ça que j’adore la retrouver comme un murmure, le reste de l’année, sur la peau de ceux qui ont le courage d’aller faire des longueurs.
Par Sarah Bouasse