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Arnaques, crimes et malolactique : quand le vin passe au tribunal

Bouteille de vin Usual Suspec
illustration modifiée de @Samuel Regan-Asante

Table des matières

Pas fâché avec les petits arrangements, le vin s’est retrouvé plus d’une fois, au fil des siècles, sur les bancs de la justice.

Le vin et la légalité ? C’est du béton ! À quelques exceptions près : voici quelques affaires où le vin s’est révélé… un brin margoulin sur les bords.

Pas franc du collier, le vin ? Un peu mon neveu ! Depuis l’Antiquité, fraudes et escroqueries ternissent les tonneaux. D’après l’agronome romain Columelle (Ier siècle), le plâtre, le fenugrec et l’eau de mer étaient tous trois essentiels à la vinification. Fait de gypse, un sulfate de calcium, le plâtre avait pour résultat de rendre le vin plus acide, plus rouge et plus limpide. Avec quelques effets indésirables sur les nerfs, la tronche, mais surtout la vessie. Pendant des siècles, on a pourtant continué à saupoudrer les raisins de cette poudre au moment de la mise en cuves, produisant un vin plâtré, c’est-à-dire clarifié à l’aide du plâtre. Autres techniques bien connues : coupage d’un vin avec un cépage modeste pour économiser ses grappes huppées, rebouchage d’une noble quille avec un cru de copains, chaptalisation au-dessus des normes pour sucrer les jus, faussage de millésimes.

Du poison dans le flacon

En 2005, on découvre que des négociants condamnés par la justice pour fraude massive à Dole avaient aussi glissé dans les bouteilles incriminées du très toxique éthanol de synthèse, destiné à renforcer le fameux goût de noix de ces vins jurassiens. Une affaire pas très Dole qui sema la panique chez les amateurs de savagnin jurassien. En Italie, c’est le méthanol, alcool de bois interdit, qui fit des ravages dans les années 1980 en se glissant dans les vins de table, provoquant la mort d’une vingtaine de malheureux dégustateurs.

Lâchez-leur la grappe

Dans les années 2020, une vague d'arnaques par SMS, les « Wine Text Scam », étend son ombre ténébreuse sur les smartphones européens. Les cellulaires reçoivent des photos de bouteilles de vin, suivies d’un message « envoyé par erreur » : croyant répondre à un bon citoyen, les infortunés qui eurent le malheur de répondre se virent soutirer leurs informations personnelles. Plus vicelard : en 2025, le groupe de hackers russes APT29 – au doux sobriquet de Cozy Bear – cible des diplomates européens avec de faux e-mails d'invitation à des dégustations de vin. Malheur ! Les mails sont plombés par un malveillant malware, ingénieusement intitulé GrapeLoader. La ruse : flattez les connaissances des œnophiles naïfs pour endormir leur méfiance.

L’étiquette était louche

En 2005, un négociant bordelais écopa de dix-huit mois de prison avec sursis pour « invention ». Son crime : avoir vendu sous l’appellation saint-estèphe ou haut-médoc des vins coupés avec des vins… du Midi. Sale temps pour les grands crus ! Une paille, pourtant, comparée à ce gros filou de Rudy Kurniawan, surnommé « le faussaire du siècle ». Collectionneur installé en Californie, cet Indonésien a saturé le marché américain de grands crus pendant plus de 10 ans… Qui, en fait, n’étaient que des assemblages de vins moyens bricolés dans sa cuisine, dans des bouteilles authentiques affichant une fière étiquette aussi ancienne que fausse. Après avoir fait fortune en vendant des millésimes mythiques de Pétrus, Romanée-Conti et autres canons d’exception pour la bagatelle de 35 millions de dollars, le vinarnaqueur sera démasqué en 2012, condamné à dix ans de prison avant d’être expulsé vers l'Indonésie en 2020.

Par Marcelle Ratafia

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